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La mécanique des sentiments

par Mary

publié dans canard , vaucanson , peter carey , la chimie des larmes , actes sud , rentrée littéraire 2013 , horlogerie , allemagne

La mécanique des sentiments

Catherine Gehrig est effondrée, dévastée. Son amant secret, un collègue déjà marié à une mégère insupportable, vient de mourir terrassé par une crise cardiaque imprévisible. Pour elle, pas de deuil, pas de funérailles, rien, sinon l’absence et les larmes intarissables.

Catherine travaille comme horlogère au musée Swinburne de Londres. Son chef, Eric, le seul dans la confidence, lui confie un projet fou et gigantesque afin d’occuper son esprit. Dans une annexe du musée attendent de grandes caisses en bois contenant les rouages d’un mécanisme mystérieux. Dans une des caisses, Catherine découvre de vieux carnets, couverts d’une fine écriture ; celle d’un homme, Henry Brandling, qui dans un espoir insensé part en Allemagne en 1854 dans le but de trouver une horloger capable de construire le célèbre Canard de Vaucanson. Dans toute sa détresse, elle va se plonger corps et âme dans la lecture de ces carnets.

Le fils d’Henry, Percy, est gravement malade, et son père est persuadé que s’il parvient à lui ramener ce jouet démesuré, son fils guérira. Il part donc en Forêt-Noire chercher un horloger à la hauteur de la commande. Il va tomber sur Herr Sumper, personnage mystérieux et dérangé, qui se dit capable d’un tel miracle, et sur Carl, un petit génie aux doigts de fée et à l’inventivité géniale. Brandling, malgré sa peur de se faire rouler, accepte le marché. Seule condition, ne pas rentrer dans l’atelier tant que le travail n’est pas achevé. Coincé avec Sumper dans une scierie désaffectée, il va donc être obligé d’apprendre à connaître son logeur. Il consigne consciencieusement ses journées dans des carnets, qui, 160 ans plus tard, seront lus par une femme en deuil accompagnée d’un certain nombre de verres de vodka.

Au fur et à mesure de l’inventaire, du nettoyage des pièces, Catherine et Amanda, son assistante aussi compétente que mentalement instable, se rendent compte du gigantisme de la chose. Il ne s’agit pas seulement d’un canard qui bat des ailes, cancane, mange ou digère que Sumper a construit, mais la merveille des merveilles. Tout horloger aspire à donner la vie à des rouages métalliques, et lui a construit ce que personne ne pensait possible : un Cygne, majestueux, ondulant, au long cou, imitant la vie dans ses moindres détails, jusqu’au reflet de l’eau sur les plumes argentées du volatile et de petits poissons sautillants devant lui.

Catherine et Henry, séparés par plus d’un siècle et demi et reliés par des carnets et un automate, sont deux être profondément marqués par l’amour et la perte. L’amour est un sentiment si intime et profond, aux rouages et aux mécanismes si complexes, que la perte et le deuil enrayent la machine jusqu’à ce qu’elle se fabrique elle-même un engrenage de remplacement pour relancer le tout.

Cette étape de reconstruction est celle que nous suivons chez Catherine et Henry, chacun à leur façon. Ce roman à la construction intelligente ne distille que les informations dont nous avons besoin sur le moment, et on lui pardonne volontiers ses longueurs par la poésie presque mécanique qui s’en dégage. Un livre à deux voix, doux et tendre aux images fortes et aux petits, tous petits airs d’Hugo Cabret.

Peter Carey, La chimie des larmes, Ed. Actes Sud, septembre 2013.

La mécanique des sentiments
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Nadael 11/10/2013 18:05

Joli billet!

Mary 11/10/2013 18:20

Merci beaucoup ! J'espère avoir pu retranscrire l'essentiel et l'ambiance du livre :) Au plaisir de vous lire encore !