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La vie, tout doucement

par Mary

publié dans kjersti annesdatter skomsvold , seuil , la vie au ralenti , scandinavie , norvège , vieillesse , amour , solitude , rentrée hiver 2014

La vie, tout doucement

L’histoire de Mathea Martinsen pourrait ressembler à n’importe quelle autre histoire de vieille dame. Une petite femme, veuve, sans enfants, dans un appartement d’une banlieue d’Oslo où on peut encore voir les fantômes de sa vie passée. Elle n’a pas eu de vie extraordinaire, elle n’a pas eu de destin particulier, mais de petites anecdotes ont ponctué sa vie de fille, de femme, de vieille dame. Mariée à son amour de jeunesse Epsilon, il a été pour elle son tout, son centre du monde. Ils se sont rencontrés dans la cour de récréation, alors qu’elle comptait une énième fois les cailloux du préau. Elle venait de se faire frapper par la foudre quelques jours avant, ses sourcils étaient encore grillés.

Maintenant, des années plus tard, Mathea est vieille, « presque cent ans ». Surtout, elle est seule, terriblement seule. Elle entretient un dialogue permanent avec Epsilon, adore faire rimer ses pensées, mais souvenirs, impressions et désirs se confondent dans son récit à la première personne. Mathea a décidé qu’elle voulait laisser une trace dans ce monde, qu’on se souvienne d’elle, enfin, qu’on sache qu’elle existe. Alors elle tente des sorties jusqu’à la supérette, essaie d’engager des conversations avec des inconnus qui ne lui répondent presque pas. Elle a décidé, dans la cour de l’immeuble, d’enterrer une capsule temporelle pour que dans des dizaines d’années, des gens sachent qui elle est. Elle y met des photos d’elle, d’Epsilon, quelques uns des cache-oreilles qu’elle tricote en quantité, et mets le tout dans la « caisse-cercueil » qu’Espilon lui avait fabriqué pour ranger ses pelotes. Au fond, on peut y lire « A ma Mathea adorée ».

Elle essaie même de participer à la fête de l’immeuble, elle fait des quantités de brioches, mais au moment de descendre, n’ose pas. Ils vont se moquer de la vieille. Ils vont la voir débarquer avec des brioches et de la confiture, toute contente d’elle, non, c’est d’un ridicule achevé. Incapable de surmonter sa phobie, elle tente de se dire qu’elle n’est pas toute seule. Elle écrit à des inconnus qu’elle prend dans l’annuaire, et appelle les renseignements des heures durant pour devenir une personne demandée et ainsi entendre sa ligne occupée. « J’en avais presque les larmes aux yeux, car oui, ça ne fait plus de doute, je suis bel et bien dans l’annuaire. Alors, pourquoi personne ne m’a jamais appelée ? »

Malgré ses tentatives ratées, Mathea ne perd pas –trop- espoir et tente jusqu’au bout de sortir de son isolement. Avec drôlerie, tendresse, et parfois, ne le cachons pas, beaucoup d’émotion, La vie au ralenti, de Kjersti A. Skomsvold raconte l’histoire d’une vieille femme qui veut se sentir vivante une dernière fois, qui a envie d’aller vers les autres mais qui a peur de l’extérieur. Surtout, elle raconte la solitude, à travers la vision décalée et un peu sénile de Mathea, qui n’a finalement vécu que pour l’amour qu’Epsilon et elle se portaient. Une belle histoire d’un amour presque éternel, au-delà du temps, qui n’apporte qu’une seule conclusion:

« Je n’ai plus peur de mourir, j’ai uniquement peur de mourir seule, mais ça, je l’ai déjà fait. »

Kjersti A. Skomsvold, La vie au ralenti, Ed. du Seuil, janvier 2014

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