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Kinderzimmer

par Mary

publié dans seconde guerre mondiale , actes sud , kinderzimmer , valentine goby , déportation , enfants , rentrée littéraire 2013 , ravensbruck

Kinderzimmer

Il y a des livres qu'on attend, et des livres qu'on redoute.

Kinderzimmer, c'est un peu les deux.

Je vais m'attarder un peu plus que de coutume sur celui-ci, si vous le permettez. Il est riche, très riche, et je vous dois quelques explications.

Il se passe à Ravensbrück, le camp de concentration des femmes. Mila est enceinte à son arrivée. Elle cache son état et survit tant bien que mal dans un enfer sans nom. Elle va découvrir la Kinderzimmer, la chambre des enfants. Une anomalie, une exception.

Un billet plus détaillé est disponible ici.

Surtout, il est inspiré de faits réels : voici une interview de l'auteur concernant la genèse de ce livre :

"D’abord, il y eut cette rencontre, un jour de mars 2010 : un homme de soixante-cinq ans se tient là, devant moi, et se présente comme déporté politique à Ravensbrück. Outre que c’est un homme, et à l’époque j’ignorais l’existence d’un tout petit camp d’hommes non loin du Lager des femmes, il n’a surtout pas l’âge d’un déporté. La réponse est évidente : il y est né. La chambre des enfants, la Kinderzimmer, semble une anomalie spectaculaire dans le camp de femmes de Ravensbrück, qui fut un lieu de destruction, d’avilissement, de mort. Des bébés sont donc nés à Ravensbrück, et quoique leur existence y ait été éphémère, ils y ont, à leur échelle, grandi. J’en ai rencontré deux qui sont sortis vivants de Ravensbrück, ils sont si peu nombreux, et puis une mère, aussi. Et la puéricultrice, une Française, qui avait dix-sept ans alors. C’était un point de lumière dans les ténèbres, où la vie s’épuisait à son tour, le plus souvent, mais résistait un temps à sa façon, et se perpétuait : on y croyait, on croyait que c’était possible. Cette pouponnière affirmait radicalement que survivre, ce serait abolir la frontière entre le dedans et le dehors du camp. Envisager le camp comme un lieu de la vie ordinaire, être aveugle aux barbelés. Et donc, se laver, se coiffer, continuer à apprendre, à rire, à chanter, à se nourrir et même, à mettre au monde, à élever des enfants ; à faire comme si. J’ai écrit ce roman pour cela, dire ce courage fou à regarder le camp non comme un territoire hors du monde, mais comme une partie de lui. Ces femmes n’étaient pas toutes des héroïnes, des militantes chevronnées, aguerries par la politique et la Résistance. Leur héroïsme, je le vois dans l’accomplissement des gestes minuscules du quotidien dans le camp, et dans ce soin donné aux plus fragiles, les nourrissons, pour qu’ils fassent eux aussi leur travail d’humain, qui est de ne pas mourir avant la mort. Mila, mon personnage fictif, est l’une de ces femmes. Kinderzimmer est un roman grave, mais un roman de la lumière."

Valentine Goby, interview disponible sur le site d'Actes Sud.

Cette puéricultrice, c'est Marie Josée Chombart de Lauwe, une résistante française. Je sais, c'est un peu cliché, mais voici le lien vers sa page Wikipédia.

Je pensais avoir déjà beaucoup lu sur la Seconde Guerre Mondiale, et pourtant rien ne me préparait à ça. C'est un roman brillant, très travaillé, documenté, réaliste sans pour autant tomber dans le morbide. Des petits airs de Si c'est un homme, un témoignage poignant, et une narration parfaite. Sans pour autant pousser trop loin la comparaison, il aurait peut-être pu s'appeler Si c'est une femme. En tous cas, nul doute qu'il sera très remarqué.

"Une nation n'est pas conquise tant que le cœur de ses femmes n'est pas à terre".

Valentine Goby, Kinderzimmer, Ed. Actes Sud, à paraître le 21 août.

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