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Les mots ne paient pas les dettes

par Mary

publié dans julius winsome , gerard donovan , folie , forêt , maine , points

Les mots ne paient pas les dettes

Noir, noir comme l’âme humaine, noir comme la nuit d’hiver qui tombe, noir comme Hobbes, le chien de Julius Winsome. Cet homme pacifique, amoureux des mots au doux tempérament vit seul au fin fond d’une forêt du Maine, avec pour seule compagnie son pitbull terrier, Hobbes, et ses 3282 livres qui tapissent les murs de son chalet en bois. Il passe l‘été à faire de menus travaux, et se retire, comme un ours, dès les premiers frimas de l’hiver. Il prépare ses lectures et son thé pour les 6 prochains mois, ne ressortant que pour aller acheter le minimum vital. Il a toujours vécu comme ça et est presque le plus heureux des hommes, à condition d’avoir du Shakespeare sous la main.

Dans cette vie parfaitement rythmée en harmonie avec la nature, il aura suffit d’un seul grain de sable pour tout faire basculer. Un soir, Julius retrouve Hobbes mourant, des balles dans la poitrine tirées à bout portant. Pas de hurlements, pas de rage, pas de tourbillon de colère. Julius Winsome restera le même, et c’est bien cela le plus terrible. Il réfléchit, raisonne de façon pragmatique : qui aurait tiré sur son chien, et pourquoi ? Quand il laisse des avis pour collecter des informations en ville, on lui dit que ce n’est qu’un chien, pourquoi en faire toute une histoire ? Malgré la paranoïa qui rôde, il élimine petit à petit les chasseurs de passage dans les bois, coupables potentiels, grâce au fusil qu’il a hérité de son père. Entre chagrin et désir de vengeance, la paix se fera dans une traînée de sang, et pourtant ce roman a une étrangeté particulière. Julius Winsome sera certainement un des seuls tueurs en séries que l’on aimera, et c’est peut-être le plus humain et le plus sensible de tous. « C’était mon ami, je l’aimais, un point c’est tout ».

Gerard Donovan, Julius Winsome, Ed. Points Seuil, mars 2010

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