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Microcosme

par Mary

publié dans natsuo kirino , ile , tokyo , femme , japon

Microcosme

Déjà Kirino nous avait subjugué avec Out et Monstrueux, et la voilà qui remet ça. Point de découpe sanglante ni d’élan fratricide cette fois, même si la place de la femme dans la société est au cœur de son œuvre.

C’est sur une île déserte, au large des Philippines, qu’une vingtaine de naufragés sont venus se réfugier. Malgré des bidons remplis d’une substance douteuse, aucune trace de vie et aucun soupçon d’espoir : personne ne viendra les chercher ici. Kiyoko est la seule femme, et en est déjà à son troisième mari sur l’île ; pour permettre une répartition équitable, ceux-ci sont tirés au sort. On tente d’organiser une vie digne de ce nom, jusqu’à rebaptiser l’île « Île de Tôkyô », avec ses différents quartiers. Même l’arrivée de naufragés Chinois ne change pas grand-chose, à ceci près qu’ils se révèlent beaucoup plus inventifs en matière de survie, là où les Japonais s’essayent à l’art décoratif et paressent tout le jour.

Qu’on se le dise, tout sur l’île n’est que rapport de forces. Du meneur de groupe amnésique au moine atteint de troubles de la personnalité, en passant par le fou de service, toute cette petite société tente tant bien que mal de s’organiser, et Kiyoko est le centre de toutes les attentions. Confrontée à la cruauté du monde de l’île, emprisonnée dans une condition de femme dont elle n’arrive pas à se défaire, elle en arrive à se considérer comme la mère de l’île, à l’origine d’un monde nouveau, car c’est elle la première qui a débarqué. Mais qu’est-ce qu’une femme peut bien attendre, au fond ? Rien ne sera simple pour elle, les épreuves seront si nombreuses ! Du regard des hommes à la maternité, sa survie dépend des autres, des hommes, et c’est encore plus vrai sur l’île de Tôkyô. Survivre est le seul objectif, peu importe le sacrifice.

Voici un Robinson Crusoé d’un nouveau genre, empreint d’humour autant que de cruauté humaine, à l’ambiance délicieusement étrange et presque malsaine, bien loin du petit paradis de Paasilinna. Avec son ton faussement désinvolte, Kirino nous fait une nouvelle fois intelligemment frissonner avec le genre humain, monstrueux, repoussant et pourtant fascinant.

"L'homme est un animal indolent, qui une fois soulagé ne fais plus d'efforts"

Natsuo Kirino, L'île de Tôkyô, Ed. Le Seuil, avril 2013

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