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Troubles en Ulster

par Mary

publié dans margaret thatcher , stock , troubles , irlande , adrian mckinty , ulster , une terre si froide , sean duffy

Troubles en Ulster

Poussée par Martyn Waites, j’ai voulu aller plus avant dans mes lectures thatchériennes. A l’occasion de la sortie de Dans la rue j’entends les sirènes, deuxième tome des aventures du flic catho en Ulster Sean Duffy, j’ai eu là l’occasion toute trouvée pour me plonger dans le premier tome Une terre si froide, paru l’an dernier chez Stock.

Début 1981, le sergent Sean Duffy est fraîchement muté en Ulster, à Carrickfergus, dans la banlieue de Belfast. Il a acheté une jolie maison dans Coronation Road, rue protestante d’un quartier protestant d’une ville protestante. Sauf qu’il est catholique, et les flics cathos en Ulster en ce moment, on n’aime pas ça, ni d’un côté ni de l’autre.

Maggie et ses troupes répriment violemment les émeutes, surtout que Bobby Sands vient de mourir, et d’autres grévistes de la faim sont encore à l’hôpital. Un soir, Duffy est appelé d’urgence : on a retrouvé le corps d’un homme dans un terrain vague, sa main coupée à côté de lui. A ceci près qu’en fait, ce n’est pas la sienne, de main. Peu de temps après, on retrouve un autre cadavre, également mutilé. Les deux victimes sont des homosexuels notoires, et à cette époque, l’homosexualité est encore illégale en Irlande. Tout le monde se tait, on ne parle pas de ces choses-là. « Personne n’a envie de donner un tuyau sur une affaire de meurtres d’homos. Tout le monde n’est pas dingue comme George Seawright mais l’Irlande du Nord en 1981 est à peine moins conservatrice que, disons, Salem en 1692. »

Alors que les cadavres s’amoncellent, que ce soit du côté des grévistes de la faim, des homosexuels ou des émeutiers, Sean Duffy a l’impression que quelque chose ne tourne pas rond. Il y a trop de coïncidences, trop de silences. Et si cela cachait quelque chose de plus gros ? L’homosexualité serait-elle le seul mobile, ou est-ce que par-derrière les rouages de la politique entrent en jeu ? Duffy va se faire malgré lui embringuer dans une affaire dont il ne soupçonne pas toute la portée.

Dans ce roman noir, il y a tout ce qu’on peut attendre : un flic attachant, amateur de femmes, d’alcool et de bonne musique, un humour noir décapant, une enquête à rebondissements, et un dépaysement total. Les Troubles en toile de fond, Sean Duffy s’efforce de mener une vie tranquille, de la bonne musique classique et des opéras, un petit déjeuner le matin, une jolie maison, une amante, une vérification de routine savoir s’il n’y a pas de bombe sous sa voiture, du thé, de la Guinness… Duffy est attachant, humain. Tour à tour, il se révolte, a la trouille au ventre, plaisante avec cet humour noir typiquement irlandais, savoure une pinte, drague, fait l’amour, bref, il vit, malgré l’horreur de la répression anglaise, l’absurdité, les attentats, les hélicoptères et les sirènes qui vous réveillent à trois heures du matin, le ciel qui rougeoie au-dessus des bars et des cinémas. Un très bon polar irlandais, dont je m’empresse de lire la suite.

« Le terroriste de l’un est le combattant de la liberté de l’autre. »

Adrian McKinty, Une terre si froide, Ed. Stock, mars 2013

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